( 14 décembre, 2010 )

MARIE-ROSE MONNY-Décédée

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 1937-2010

MARIE-ROSE MONNY, la mère des exclus s’en est allée
Adams KWATEH / Eric HERSILIE-HÉLOÏSE France-Antilles Martinique 16.12.2010

Durant 40 ans, elle aura milité contre toutes les souffrances humaines. Celle que les errants de Fort-de-France appelaient « Maman » s’est éteinte à Paris à l’âge de 73 ans.

Elle était venue à la lutte contre les addictions et les drogues, comme d’autres sont entrés dans les ordres. C’était pour elle un sacerdoce. De jour comme de nuit, Rose-Marie Monny, que beaucoup appelaient aussi « Henrie » , sillonnait Fort-de-France, prenant la température sociale de la capitale. Une ville où elle est arrivée dans les années 1950 pour effectuer ses études au Pensionnat colonial. Elle en devint vite une figure emblématique, se faisant la confidente des élus et de l’Eglise, bras armé des acteurs contre l’exclusion. Ses amis étaient surtout ceux qui souffraient de la solitude, de la misère sociale ou du dénuement. « Man Monny » agissait dans l’ombre. Dans le silence et dans la discrétion.Fille d’une békée et d’un mulâtre, elle avait vu le jour à Rivière-Salée en avril 1937. Elle effectue alors les petites classes à Rivière-Salée, avant de venir à Fort-de-France pour ses études secondaires. Son bac en poche, elle part pour l’Angleterre où elle fait des études d’infirmière. Elle parlait de cette période comme d’une « rupture très enrichissante » avec la Martinique. « C’est là que j’ai découvert toutes les nations du monde » , racontait-elle. Elle y rencontre son premier mari, un Trinidadien, avec qui elle a eu une fille.« L’exemple d’une femme qui agit en missionnaire »
Son diplôme d’infirmière en poche, elle rentre en Martinique et intègre l’hôpital de Colson. La psychiatrie était en pleine mutation à l’époque grâce à l’action d’hommes comme Edouard Bertrand. Les psychiatres Royer et Dumangeot et le docteur Gervaise, pionniers de la prise en charge de l’alcoolisme en Martinique, trouveront en elle à la fois un appui et une soignante. En 1974, Auguste Armet, à l’époque inspecteur des affaires sanitaires et sociales fonde le CMPA (le Comité martiniquais de prévention de l’alcoolisme qui fonctionne toujours). Mme Monny en fut l’animatrice. Au milieu des années 1990, la grande dame, devenue la référence en matière d’assistance des exclus, quitte le navire de l’alcoolisme. Elle embarque dans l’association Promesse de vie. Les errants trouveront en elle la chaleur et le réconfort humains.Avant cela, elle avait aidé et accompagné l’APEX (l’Association pour la lutte contre l’exclusion), située rue du Calvaire, à Fort-de-France. Sa mission : le sevrage de jeunes toxicomanes. A tel point que l’ancienne ministre socialiste Georgina Dufoix, devenue présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue, lui rendit visite afin de s’inspirer de « l’exemple d’une femme qui agit en missionnaire » .Marie-Rose Monny aura aussi été la fondatrice de l’Association des visiteurs des détenus, à l’époque où la prison était située au 118 de la rue Victore-Sévère, puis à Ducos. Dans cette tâche très difficile, son chemin croise celui de Patrick Chamoiseau, éducateur spécialisé, et de Serge Médeuf, agent d’insertion.Plus tard, elle sera sollicitée pour la création de la Banque alimentaire. Là, elle se battra corps et âme pour constituer cette sorte de grenier en faveur des plus démunis, de plus en plus nombreux dans notre société. Ce sera sa dernière mission : la retraite sonne pour cet femme d’engagement. Malgré les nombreuses sollicitations, elle décide d’aller vivre en France auprès de sa fille Karen Monny-Desmons et de son petit-fils.Très croyante, Mme Monny avait le coeur à gauche : elle avait été militante du défunt PSU (Parti socialiste unifié) puis du Parti socialiste. Un engagement politique dans le sillage de Claude Lise que Marie-Rose Monny appelait affectueusement « mon frère » .Viscéralement attachée à la terre martiniquaise, depuis Paris elle n’avait pas rompu avec son large cercle d’amis dont Josette Alphonse-Gusto, sa « copine » du Pensionnat colonial. « Nous avons perdu une grande dame, généreuse et bienfaitrice de l’humanité » , regrette cette dernière.- CLAUDE LISE, SÉNATEUR, PRÉSIDENT DU CONSEIL GÉNÉRAL
La Martinique vient de perdre une très grande dame qui a mené un combat résolu contre les exclusions. Marie-Rose Monny était une militante de conviction, de courage et d’une remarquable intégrité. Une femme qui vivait sa foi dans le dévouement au service des plus humbles et des plus démunis. Elle était aussi pour moi une amie très chère dont j’ai régulièrement pu mesurer l’attachement inébranlable à faire respecter la dignité humaine.- Les maîtres à penser de Marie-Rose
En entrant dans le bureau de Marie-Rose Monny, le regard du visiteur était attiré par un tableau en forme de collage, accroché au mur derrière le bureau : des photos représentant Ghandi, de Gaulle, Simone Weil et son chat, l’abbé Pierre, Martin Luther King et Victor Schoelcher… « Bien que ce soient mes maîtres à penser, en ce sens qu’ils représentent pour moi, une certaine sagesse, ce tableau n’est pas de moi. Il est l’oeuvre d’une amie qui me connaissait bien et me l’a offert » , précisait Marie-Rose en torsadant son collier entre ses doigts.

- Une grande âme
Dans le cadre d’un dossier sur l’exclusion en Martinique, parus en 1996, Marie-Rose Monny nous avait reçus dans son centre de Fort-de-France. Aujourd’hui, ce reportage que nous republions montre à quel point elle était visionnaire.

A cinquante-huit ans, Marie-Rose Monny a passé plus de trente ans à aider et réinsérer socialement les sans domicile fixe, anciens détenus, toxicomanes, alcooliques, malades du sida et autres exclus de la Martinique. Rue du Calvaire, à Fort-de-France. Une maison traditionnelle à deux étages, sans enseigne, porte le numéro 5. Elle a pour nom la Joupa et est le centre de l’APEX (Association martiniquaise de prévention de l’exclusion sociale), depuis maintenant un an et demi. Ici, à la moyenne de vingt « accueillis » (c’est le nom donné à ceux qui viennent chercher secours) par jour, Marie-Rose Monny et son équipe essaient de remédier à l’exclusion que dans ce centre, on appelle « la Galère » .
A la Joupa, tous l’appellent « maman » Bien que la directrice ait en projet de monter des relais de la Joupa, en commune (Marin, Trois-Ilets, Lamentin, Ducos et Sainte-Marie), c’est la seule structure de ce type en Martinique.
Pourtant, elle procède d’une volonté étatique, sanctionnée par un contrat quinquennal ville/État, aux termes duquel, une subvention annuelle paritaire de deux millions deux cent mille francs est accordée à l’APEX, pour mener à bien cette action d’utilité publique. Centre de jour (un gîte devrait être ouvert cette année à la route de Balata), la Joupa ne se contente pas de nourrir et accueillir, les personnes en détresse, l’action est complétée par un service médical assuré par un acuponcteur, une écoute faite par des assistantes sociales, un psychologue, des éducateurs et bien évidemment des infirmières et aides – soignantes, pour les soins quotidiens, dont beaucoup ont besoin. Ça, c’est pour le côté visible de l’iceberg, car jour après jour, celle que les accueillis appellent « maman » , frappe à toutes les portes, donne des conférences, participe à des congrès, pour que ses « enfants » soient insérés ou réinsérés dans leur famille. Pour que la société leur trouve un travail, afin qu’enfin cesse cette détresse en forme de galère.
Peu de gens auraient pu, comme Marie-Rose Monny, assumer cette tâche qui a tous les aspects d’un véritable sacerdoce.
Et c’en est un, pour cette femme à la voix douce, qui accompagne son discours en faisant rouler les perles noires de son collier, entre ses doigts. Pourtant, elle s’en défend en précisant que dans deux ans, elle prend sa retraite. En Martinique, la tradition veut qu’il n’y ait pas de retraite pour les mères, puisque le proverbe affirme que « poule pa ka kité mangous’pran piti’i » . D’ailleurs, la vie de Marie-Rose Monny est exemplaire en ce sens.
Infirmière en Angleterre, par vocation
Née à Rivière-Salée dans une famille nombreuse, où la mère est commerçante et le père propriétaire terrien au quartier Médecin, elle grandit dans un univers marqué par le catholicisme, l’altruisme et la tolérance. « Ma mère était très en avance sur son temps, en ce sens où elle donnait beaucoup de liberté à ses enfants » , confie elle.
De fait! Alors qu’à l’époque, poursuivre des études rime avec séjour en France hexagonale. Marie-Rose elle, décide en 1955 de devenir infirmière et pour ce faire, se rend à Londres, pour suivre un enseignement basé sur l’extrême mobilité du corps médical. « J’avais envie de respirer un autre air et aussi sortir du giron familial » , explique cette femme de tête.
Toujours prête pour des missions dans des pays qui ont besoin d’une aide médicale gratuite, Marie-Rose Monny se rendra successivement à Trinidad, à la Dominique, à la Jamaïque, au Canada et aux États Unis. Son grand regret est de ne pas avoir pu travailler en Inde et en Afrique, comme elle en rêvait durant sa jeunesse saléenne.
Si ce n’était la nécessité d’élever sa fille en Martinique, Marie-Rose Monny ne serait vraisemblablement jamais venue exercer dans son île natale. Pourtant en 1967, elle est engagée au service neurologique de l’hôpital Colson. Là, elle découvre l’exclusion sous la forme du traitement de l’alcoolisme. « Les alcooliques n’avaient pas leur place dans cet hôpital psychiatrique. Ils avaient des troubles mentaux passagers, qui disparaissaient très vite. Par contre, ils revenaient sans cesse et ce n’était pas bien considéré par la société » , se souvient-elle.
Elle crée donc le Comité Martiniquais de Prévention de l’Alcoolisme (C.M.P.A.), puis son centre médico-social de Fort-de-France, baptisé la « Station-service » . Petit à petit, elle convainc son conseil d’administration d’élargir son champ d’action aux toxicomanes. Et devant le spectacle de jeunes en détresse, décide de créer l’APEX.
Eric Hersilie-Héloïse (reportage paru le 17 janvier 1996)
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