( 18 septembre, 2010 )

Patrick SAINT-ELOI -Décédé

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 Patrick SAINT-ELOI -Décédé

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Patrick SAINT-ELOI – 18-09-2010
Patrick Saint-Eloi
, ex-chanteur du groupe antillais Kassav, est décédé samedi matin à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), des suites d’une longue maladie, à l’âge de 52 ans, ont annoncé plusieurs médias et sites Internet français. Confirmée par la famille de l’artiste, la nouvelle a été accueillie avec émotion et tristesse aux Antilles dont Saint-Eloi était l’un des plus grands ambassadeurs de la musique. Patrick Saint-Eloi a perdu le combat qu’il menait contre la maladie depuis plusieurs années déjà. Des rumeurs avaient plusieurs fois circulé sur sa disparition, à chaque fois démenties par ses proches… 

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Patrick Saint-Éloi

Patrick Saint-Éloi est un chanteur français originaire de la guadeloupe né le 20 octobre 1958 à Pointe-à-Pitre mort le 18 septembre 2010 dont le nom reste associé au groupe Kassav’. Patrick Saint-Éloi est l’un des pionniers du Zouk Love dans la Caraïbe. Il est l’auteur et l’interprète du titre “West Indies”, le premier gros tube de Zouk Love sorti en 1985 sur son 1er album solo “Mizik Sé Lanmou” (la musique c’est de l’amour).

Biographie
 
À l’âge de 17 ans, il quitte la Guadeloupe pour se rendre à Paris, afin de tenter sa chance dans ce secteur. Des cours de chant lui permettront d’atteindre une certaine maîtrise vocale et une rencontre avec le bassiste Georges Décimus sera capitale pour son avenir. Il intègre le groupe Venus One dont il devient le chanteur attitré.

En 1982, il rejoint le groupe Kassav’ en tant que choriste. S’ensuivra une série de concerts marqués par le succès de ce groupe. Cela n’empêchera pas Patrick Saint-Éloi de réaliser ses propres créations en solo, et d’être plébiscité au point de devenir une star à part entière. Il est le crooner guadeloupéen le plus connu, le zoukeur lover caribéen. 1999 sera l’année de sa consécration, il se produit dans la salle mythique de l’Olympia, à guichets fermés. Patrick Saint-Éloi jouera un rôle d’ambassadeur de la culture guadeloupéenne, car il demeure attaché à ses racines, ses origines. En 2002, il quitte le groupe Kassav et retourne en Guadeloupe. En 2005, il collabore dans un album avec le chanteur brésilien Gilberto Gil. En 2007, il produira un best of de ses compositions dans l’album Zoukolexion. En mai 2007 pour ses 25 ans de carrière il se produit au Zénith de Paris. 13 août 2008, concert-hommage sur le site de Damencourt au moule (Guadeloupe) organisé par la Région Guadeloupe avec un public estimé à près de 30 000 personnes. Il décède le 18 Septembre 2010 à 4h00 du matin chez lui en compagnie de ses proches , il luttait contre la maladie depuis des années.

Discographie

Zoukolexion vol 2, 2008.
Zoukolexion, 2007.
Plezi, 2005.
Swing karaïb, 2002.
À la demande, 2000.
À l’Olympia, 2000.
[Dérouler]

1998 : Lovtans0.Sweet Chérie0.Tik tak0.Poézi éternel0.Si ou vlé0.Inceste0.Dékompressé0.Réhabilitation0.Hello dous0.VouMusiciensChant lead/guitares : Patrick Saint-EloiGuitares : Thierry DelannayBasse/claviers : Frédéric CaracasClaviers : Jean-Claude NaimroPercussions : Patrick Saint-ElieSaxophone : Nicolas GuéretTrompettes : Fabrice Adam et Freddy HovsepianTrombone : Hamid BelhocineChoeurs : Marie-Céline Chroné, Claudine Pennont, Jocelyne Béroard, Dominique Lorté et Jean-Philippe MarthélyInvitésGuitares : Jean-Christophe MaillardBasse : Patient KusanguilaChoeurs : Yaida Jardines et Anikura BalanzoPercussions : Claude VamurChant : Claudine Pennont

Zoukamine, 1994.
Bizouk, 1992.
Mizik Sé Lanmou, 1985.

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Patrick Saint-Eloi an silans
par Mélinda Boulai France-Antilles Martinique 20.09.2010

Le chanteur guadeloupéen s’est éteint à l’âge de 52 ans samedi en Guadeloupe des suites d’un cancer. Il laisse une famille, des artistes, et des milliers de fans attristés.
Samedi matin, Patrick Saint-Eloi l’ex-chanteur du groupe Kassav est parti rejoindre d’autres belles étoiles de la chanson. Une nouvelle difficile à croire. On le savait malade, et à plusieurs reprises, la rumeur de son décès avait circulé sur le web.

Alors samedi matin, bon nombre de ses fans ont eu dû mal à encaisser la nouvelle. Pas facile d’accepter qu’il ne soit plus là. Sa voix nous a accompagnés au moins une fois dans un moment fort de notre vie.

Patrick Saint-Eloi, ce chanteur charismatique au physique frêle, à la voix si mélodieuse, est définitivement sorti de scène.

« C’était un poète. Il savait chanter l’amour comme personne, mais aussi aborder des thèmes plus profonds comme l’histoire, l’esclavage, les Antilles… À chaque chanson, des mots justes et beaux, accolés les uns aux autres qui viennent simplement vous toucher en plein coeur. Ce don, il l’avait dès son plus jeune âge » dit de lui, un proche.

Il savait lire dans les yeux des autres…

À 17 ans, il quitte sa Guadeloupe natale pour Paris, afin de vivre de la musique. Il devient le chanteur du groupe « Venus One » et est vite remarqué par Pierre Edouard et Georges Décimus qui sont à la recherche d’un chanteur pour le groupe qu’ils sont en train de fonder : Kassav. Sa carrière démarre. Il participe aux enregistrements de la plupart des albums du groupe.

Il a un style, du charme, sa voix qui monte dans les aiguës fait transcender les femmes, c’est un véritable crooner.

Il a en lui une tendresse, une mélancolie qu’il traduit avec magnificence dans toutes ses chansons.

Parallèlement à Kassav, Patrick se lance dans une carrière solo et enregistre son premier album, « Mizik cé lanmou » en 1984 sur lequel figure l’incontournable « West-indies » …

Toutes ses chansons ont d’ailleurs traversé les années, gagnant à chaque fois de nouvelles générations de fanatiques.

Normal, il savait lire dans les yeux des autres, traduire ce qu’il voyait en poésie et l’exprimer en chanson.

« Ola ou yé » , « Rev an Mwen » , « A la demande » , « Si sé oui » , en passant par « Maman Kréyol » , « Oui ou non » , « Ki jan ké fè » , « Zoukamine » , « Hello Dous’ » , « H20 » … la liste est longue, très longue et les souvenirs nombreux…

Derrière l’artiste, se cachait un homme discret

Patrick Saint-Eloi, amoureux et défenseur de la langue créole, n’a pas hésité à chanter l’homme amoureux dans toute sa dimension, l’homme qui sait aussi se résigner et accepter la perte de l’être aimé.

En marge de Kassav et de ses albums solos, il compose des titres pour Edith Lefel, Ralph Thamar « Bel zirondel » , Jocelyne Béroard, Tanya Saint-Val…. On se rappelle également de son duo avec Viviane Rangon « Rékonsilié » qui fait cette dernière sortir de l’ombre.

Patrick Saint-Eloi reçoit de nombreuses récompenses : prix Sacem Guadeloupe pour l’ensemble de sa carrière, Prix ppécial Sacem Martinique… Il remplit l’Olympia, le Zénith, l’Atrium, le Centre des Arts… partout où il passe c’est l’euphorie. Les femmes l’adorent et l’adulent.

Quand il quitte Kassav en 2002, cela n’entache en rien l’amour que le public lui porte. En témoignent ses derniers albums qui lors de leurs sorties se sont toujours classés au top des ventes. Derrière l’artiste, le show man se cachait un homme intimidant, et timide, mystérieux, simple, et généreux .

De sa vie privée, on ne sait que peu de chose. Installé en Guadeloupe depuis quelques années, il avait besoin de se retrouver auprès des siens.

Et c’est auprès d’eux, qu’il a rendu son dernier souffle. Nous avons perdu l’une des plus belles voix. Une voix singulière que l’on pouvait reconnaître entre milles.

De Patrick Saint-Eloi, on gardera l’image de cet artiste sensible, grand fan de gwo ka et de musique brésilienne, discret mais véritable bête de scène, qui aimait partager son amour de l’autre en musique. D’un artiste qui a influencé toute une génération de chanteurs et de musiciens et qui nous a légués à travers ses textes, des messages de paix, de solidarité, et surtout d’amour.

- Francelise, la soeur de Patrick : « Nous vivons au même rythme que ceux qui souffrent »

La famille ne souhaitait pas trop s’exprimer sur la disparition de Patrick. La priorité était hier encore aux préparatifs de la veillée et des obsèques du chanteur. Mais Francelise, la soeur qui s’est beaucoup occupée de son frère tous ces derniers jours a laissé parler son coeur et, avec une douceur indescriptible, rend hommage au public qui a fait Patrick Saint-Eloi.« Nous vivons au même rythme que la Guadeloupe qui souffre aujourd’hui et nous voulons au travers de la veillée publique de mardi permettre à tout un chacun de profiter de lui une dernière fois. Tout le monde pourra ainsi lui dire un dernier au-revoir. Ce sera un recueillement digne de l’homme qu’il a été, et ainsi nous rendrons la monnaie de leur pièce à tous ceux qui l’ont toujours accompagné au cours de sa vie d’artiste » .

Sa discographie

Patrick Saint-Eloi compte plus d’une douzaine de disques à son actif.

Patrick réalisera ses propres créations en solo dès 1984 avec « Mizik sé lanmou » .

Ses albums et leurs succès se suivront ensuite avec « Biz- ness » avec Jean-Philippe Marthely (1985), « Ballade Kréyol » (1990), « Bizouk » (1992), « Zoukamine » (1994), « Martheloi » à nouveau avec Jean-Philippe Marthely (1996), « Patrick Saint-Eloi à l’Olympia » en 1997, « Lovtans’ » (1998), « Swing Karaïb » (2002), « Plézi » (2005), et les compilations « Zoukolexion » volume 1 et 2 en 2007 et 2008.

- La veillée, mardi soir

Patrick voulait que tout soit fait dans la simplicité. Il voulait partir en paix. Ces derniers temps, il affectionnait particulièrement la ville du Moule. Lui qui a grandi entre la frontière des Abymes et de Pointe-à-Pitre et qui avait des attaches à Anse-Bertrand. C’est, d’après les informations recueillies, au cimetière du Moule qu’il sera inhumé, mercredi après-midi. Quant à sa veillée, mardi, elle est prévue au stade du Moule, mais des problèmes de logistiques eu égard à l’immense hommage qui lui sera réservé par la population, pourraient amener les proches à changer de lieu.

- RALPH THAMAR, MUSICIEN

Adieu l’ami! Adieu le frère!

Il m’a composé une merveilleuse chanson, Zétwal. Son étoile va désormais briller. C’était un auteur et compositeur de talent qui a écrit pour son temps. Il savait donner son amour, sans grande démonstration. Je pense qu’il a reçu l’amour de tous les siens. Chapeau l’artiste!

- Une chanson parmi d’autres ESKIZÉ MWEN

Sé mèm soley ki ka cléré dan l’inivè, a si la tè èèè

é ki ka guidoné nou ouou

c meme la pli ki ka pléré, ki ka béni, ki ka rousé éé

ça ki vlé planté lanmou ou ou

Refrain

Mé nou pas inventé ayin, tou sa té ja la avan

Lè ou tann tambou, mas, carèm pa lwen rivé ééé

Mé nou pas inventé ayin, tou sa té ja la avan

Nou choisi mové sézon pou nou simé ééé

Eskizé mwennnnn si la nou té vlé alé la, a pa té mèm koté la

Eskizé mwennnnn si lè nou pwan mèm chimin la, nou pa choisi mèm sens la sé meme bijou ka enrichi ou wè misè a si la tèè èèè é ki ka égaré nou ou mé érèsement pié lanmou la ka poté fwi ki ka nourri iii tou sa ki jwen l’espwa aaa

Refrain

Mé nou pas inventé ayin, tou sa té ja la avan

Lè ou tann tambou, mas, karem pa loin rivé ééé

Mé nou pas inventé ayin, tou sa té ja la avan

Nou choisi mové sézon pou nou simé ééé

Eskizé mwennnnn si la nou té vlé alé la, a pa té mèm coté la

ESKIZé MWENNNNN

si lè nou pwan mèm chimin la, nou pa choisi mèm sens la

Eskizé mwennnnn

Si la nou té vlé allé la, a pa té mèm koté la

Eskizé mwennnnn

Eskizé mwennnnn

Si la nou té vlé allé la, a pa té mèm koté la

Eskizé mwennnnn

Si lè nou pren meme chimin la, nou pa choisi mèm sens laa

Pa jigé sa, foudra nou sav ni dé momen la vi sé kon sa, pa flipé si sa

Eskizé mwennnnn

- LES RÉACTIONS…

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture

Patrick Saint-Eloi, une « grande figure de la musique antillaise qui a su conquérir un public très large. Il avait su à merveille conjuguer sincérité et générosité. Inscrit dans une culture guadeloupéenne, fidèle à ses racines et à ses origines antillaises, il incarne un artiste qui tout en étant attaché à la langue créole, a cherché à concilier identité et ouverture, singularité et universalité » .

Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer

« Un grand artiste, ambassadeur de la musique antillaise, figure emblématique du groupe Kassav, ce musicien accompli et crooner reconnu a contribué à promouvoir le zouk et la culture créole dans le monde entier. Son répertoire, composé avec le groupe Kassav et en solo, demeurera une source inépuisable pour les futures générations de musiciens passionnés par le zouk, qui grâce à Patrick Saint-Eloi est mondialement connu » .

Serge Letchimy, député et président du conseil régional

« Je salue la disparition d’un immense talent, pilier de la musique antillaise. Chacun sait bien qu’il était un formidable musicien, un poète mais aussi un homme de valeurs et de convictions. Il a porté au plus haut notre culture et affirmé notre identité. L’éclat qui émanait de lui ne s’éteindra pas » .

Claude Lise, sénateur et président du conseil général

« Avec lui disparaît un compositeur d’un talent exceptionnel. Un interprète d’une profondeur et d’une sensibilité qui en ont fait l’un des phares du zouk. Il aura été à travers le monde, et singulièrement avec le groupe Kassav, un des grands ambassadeurs non seulement de notre musique, mais d’une culture, d’une identité et d’une lange qu’il habitait avec un sens étonnant des sonorités et de la poésie » .

Serge Larcher, sénateur

« Un ambassadeur s’en est allé. Avec la mort de Patrick Saint-Eloi, nous perdons l’un nos meilleurs ambassadeurs de la musique antillaise » .

Jack Lang, ancien ministre de la Culture

« Je l’aimais et l’admirais beaucoup. Il incarne le renouveau de la musique antillaise que nous avions, avec François Mitterrand, beaucoup soutenue. Il a donné à la culture antillaise, éclat, force et prestige. Kassav et Patrick Saint-Eloi ont porté la musique antillaise à travers le monde. En ces Journées du patrimoine qui ont été lancées dans les années 80, Patrick Saint- Eloi est lui-même un monument de la création contemporaine » .

Raymond Saint Louis Augustin, maire de Fort-de-France

« Le monde artistique perd là l’une de ses plus belles voix, une véritable icône du patrimoine musical antillais » .

Pierre Samot, maire du Lamentin

« La famille du zouk vient de perdre l’un de ses meilleurs ambassadeurs, qui laisse dans cette musique une empreinte à jamais gravée dans nos mémoires. Au nom de la ville du Lamentin, je présente mes très sincères condoléances à sa famille, à ses proches, au groupe Kassav, au monde artistique, mais aussi à la Guadeloupe qui vient de perdre l’un de ses fils » .

Marie-Line Ampigny, écrivain

« Pour moi, c’était l’homme qui savait lire dans les yeux des femmes. Il était l’un des artistes les plus poétiques du zouk. Il maniait les mots avec beaucoup de parcimonie. C’était l’une des plus jolies voix. Patrick Saint-Eloi était un funambule. Il était sur le fil de toutes les émotions. Il chantait l’amour comme personne » .

Le LKP

« Le LKP n’oubliera jamais le soutien qu’il a apporté aux Travailleurs et au Peuple de Guadeloupe durant les 44 jours de grève générale en 2009. Nous n’oublierons pas l’artiste engagé, de renommée internationale, ayant assumé dans ses chansons, la culture, les souffrances et l’histoire du Peuple Guadeloupéen. Nous perpétuerons la mémoire du poète, défenseur du créole, afin qu’il soit un modèle pour les jeunes artistes Guadeloupéens.

Menm si kò la vwayajé, lanmou la ka rété an fon a kè an-nou »

Yvette Galot, présidente de la commission Culture et patrimoine de la Région

« Avec sa disparition, c’est le monde du zouk, le monde antillais et la diaspora noire, qui perdent un joyau de l’interprétation, un compositeur à la sensibilité hors-pair et un auteur militant de la culture noire.

Patrick Saint-Eloi, par sa voix singuière conjuguait dans son art élégance, raffinement, conviction, générosité et simplicité. La Martinique le regrettera » .

Raymond Occolier, président de l’association des maires

« Qui n’a un jour fredonné ou dansé sur les paroles des chansons de cet artiste au talent unanimement reconnu. Aujourd’hui, je fais miennes ces paroles « Filé zerwal, filé » qui désormais resteront gravées dans nos mémoires » .

Belfort Birota, conseiller général du Robert

« Je pense surtout aux artistes et aux travailleurs du spectacle vivant qui perdent une si belle sensibilité, une exceptionnelle tendresse poétique chantée en créole et portée par la voix unique du chanteur, auteur compositeur.

Je pense à sa famille mais aussi à Jean-Philippe Marthely, notre ami commun du Robert, et à tous les autres qui, comme moi, en cet instant, s’arrétent pour regarder vers l’ailleurs comme s’il était possible de comprendre la nouvelle destination de celui qui nous précède » .
- REACTIONS…

Victorin Lurel, Député, Président du Conseil Régional de Guadeloupe

Il laisse dans nos vies et dans nos coeurs plusieurs empreintes indélébiles : celle d’un homme de coeur ; celle d’un amoureux de la Guadeloupe, de sa culture, de ses traditions ; celle d’une bête de scène ; et celle d’un homme d’un immense courage qui aura combattu la maladie en puisant sans doute ses forces en communiquant sur scène avec son public (…)

Le groupe Kassav

Adan an moman, siel blé-a ki an fond tjè-nou, anni plein dlo kon an mwa livènaj, an niaj doulè vini, déchiré lespas lajwa-nou. An frè té ka pati…

Christian Boutant délégué régional de la SACEM Fort-de-France

Le Personnel, les membres de la Commission d’Identification des Oeuvres ainsi que les auteurs compositeurs martiniquais s’associent à la douleur collective après la disparition du bien-aimé de tous et toutes : Patrick Saint-Éloi. Il aura, tout au long de son itinéraire, éclairé nos âmes et nos coeurs par ses chansons, son émotion, sa douceur et son humilité. Il avait exprimé sa vraie mission : « Donner de l’Amour à Tous » . Puissent ses oeuvres contribuer à la construction harmonique et raisonnable de nos pays et du monde dans son ensemble. C’est aussi le devoir et la vocation des artistes d’éclairer le monde. Patrick le faisait sans prétention, avec modestie et un talent sans cesse renouvelé. Merci Patrick, tes messages nous manqueront…

Léa Galva, chanteuse

Patrick avait cette faculté de bâtir ses textes en deux parties. Ça commençait par du glamour, mais à la fin on tirait toujours une leçon sur les choses de la vie comme les relations humaines, la guerre, la violence. Patrick écrivait comme Balavoine et parlait beaucoup de ce qui le choquait. Rien n’était anodin dans ses chansons. On prenait une grosse claque en l’écoutant s’exprimer sur l’humanité (…) Quand en 1995, j’ai eu la chance d’interpréter un duo avec lui pour une émission télé, je lui ai alors avoué qu’il était mon idole depuis petite. Il était surpris. Et, par la suite, on s’est toujours vu avec beaucoup de plaisir.

- Revue de presse à Paris
Patrick Saint-Eloi, dès samedi soir, était au menu des journaux radio et télévisés. Après le flash de 22 heures d’Inter (heure de Paris), le ministère de l’Outre-mer adressait aux médias un communiqué de presse… Et lundi, l’agenda de Marie-Luce Penchard était modifié pour annoncer son déplacement en Guadeloupe, aux obsèques du chanteur, mercredi. PSE a eu droit au Carnet du Monde. Libération a parlé de PSE « au paradis des Antilles » et le Parisien lui a consacré un papier. Le magazine pipol Gala a parlé de « l’ambassadeur du zouk love » , tandis que l’Express parlait « du héraut du zouk love » . Le point a préféré évoquer le « crooner créole » . Meme le journal suisse, 24 heures, a parlé de la mort de l’ancien de Kassav. Les gratuits ne sont pas restés en reste, qu’il s’agisse de Direct matin, 20 minutes ou Métro qui a titré sur « la Guadeloupe en deuil » . Quant au site Rue89, il a titré : « Le zouk est en deuil. » Voici a rendu hommage à « la grande voix de la culture guadeloupéenne » et les Echos au « créole lover » . Reste que le Parisien, Libération, Voici ou Gala se sont tous mépris en affichant une photo de Jean-Philippe Marthély en lieu et place de celle de PSE… Ce qui a valu quelques rectificatifs dans la presse, lundi. Sur Internet, les moteurs de recherche affichaient 240 000 occurrences pour Patrick Saint-Eloi, rappelant au passage son Olympia annulé le 3 novembre 2009 et les rumeurs de sa mort le 8 juillet 2010 qui avait alerté ses fans sur la réalité de sa maladie.

EXPRESS – La veillée…

La veillée de Patrick St-Eloi aura lieu ce mardi soir (la veille de l’enterrement) à partir de 18h au Stade du Moule où il sera exposé. L’ensemble de la profession artistique lui rendra hommage. L’endroit choisi pour la veillée revêt un symbole particulier, puisque c’est précisément le lieu du dernier grand concert de PSE, celui où il avait fêté ses 25 ans de carrière, devant un public de près de 30 000 personnes. Selon les derniers posts, il semble que ce soit son ami le bassiste Frédéric Caracas qui rassemblerait les artistes autour de PSE, pour un dernier au revoir. Déjà, en 2009, il avait réuni les musiciens autour de Patrick Saint-Eloi, pour un concert mémorable à La Kasa, Baie-Mahault.

EXPRESS – Veillée à Paris

Une veillée aura également lieu à Paris, à l’initiative de Dominique Tauliaut et « du monde antillais d’Ile de France » , selon l’adjoint au maire de Sarcelles, Jean-Pierre Passé-Coutrin, qui a mis un lieu à disposition. Cette veillée doit se tenir mercredi soir, à partir de 19 heures, simultanément avec les obsèques du chanteur au cimetière du Moule en Guadeloupe, sous chapiteau au Champ de foire, rue des Réfuzniks à Sarcelles (95). La tenue de rigueur est le blanc. D’ores et déjà les deux radios antillaises de la capitale, Espace FM et Tropic FM y participeront, tout comme de très nombreuses associations antillaises de la région parisienne.

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Patrick Saint-Eloi s’est rapproché des étoiles…

On mesure l’importance d’un artiste au fait que ses œuvres parviennent à toucher ceux d’entre nous qui n’ont pas la fibre artistique ou, plus exactement, qui ne portent pas d’intérêt à son domaine artistique particulier. On connaît ainsi des gens qui lisent très peu, mais qu’un livre ou deux a marqué pour la vie et qui les lisent et relisent sans cesse. Il en va de même pour la musique. Il y a des gens comme moi qui n’y connaissent absolument rien, mais qui un jour, par hasard, on entendu un son ou une voix qui les a comme tétanisés. Le jour où j’ai entendu pour la première fois «Rev an mwen» de Patrick St-Eloi (comme celui où j’ai entendu «Siwo» de Jocelyne Beroard), j’ai eu le sentiment de pénétrer, comme par effraction, dans une dimension qui jusque là m’était inconnue, voire interdite. On ne guérit pas, en effet, de cette infirmité qui s’appelle, je crois, l’absence d’oreille musicale.
Il y avait d’abord cette profonde tendresse que St-Eloi savait imprimer à notre langue matricielle, le créole, laquelle, il faut bien l’avouer, marquée par les siècles de brutalité esclavagiste, en a toujours manqué. Qu’on le veuille ou non, le créole fut longtemps, l’idiome de la résistance, du cri, de l’exhortation comme dans le «gwo-ka» ou le «bèlè» ou, à l’inverse, celle de la grivoiserie, de l’insouciance ou de la (feinte) gaieté comme dans nos vieilles biguines du temps-longtemps. Saint-Eloi, Joslin, Marthély, Jacob Desvarieux et tous ceux de Kassav ont permis au créole de pénétrer dans un nouveau territoire: celui de la tendresse créole. On comprend mieux pourquoi le public féminin de St-Eloi était si nombreux et si demandeur de ses mots qui, sans doute, réveillaient en elles ce besoin d’amour vrai qu’hélas, nous les hommes antillais, savons fort peu leur donner. Je l’ai compris lors d’un concert à l’Atrium, il y a deux ans, quand j’ai vu jeunes filles, jeunes femmes et femmes d’âge mur se lever comme un seul…homme (même la langue nous piège) pour accompagner le zouk-lover. Chanter, se balancer, taper des mains, crier même parfois. Bien entendu, je fus incapable de me joindre à elles et suis demeuré engoncé dans mon siège.

VOULOIR-EXISTER

St-Eloi avait aussi le souci des textes bien écrits, des images qui plongent dans l’imaginaire antillais, à l’inverse de la foultitude de ses imitateurs et autres épigones qui se contentent de bêler «Kè an mwen ka fè mwen mal». Le mal d’amour qu’il chantait n’avait rien à voir avec les petits «lenbé» ou les insignifiants «gwo-pwel» qui parsèment la vie de chacun d’entre nous et qui ne portent pas à conséquence. Derrière la peine de cœur, il y avait dans les textes de St-Eloi, la souffrance d’un pays, la colère sourde d’un peuple, le vouloir-exister d’une culture que le Maître a toujours méprisée et qu’il nous a malheureusement appris à mépriser à notre tour.

Nous avons mis du temps à le comprendre. Soyons honnêtes! Beaucoup d’entre nous, surtout parmi les militants nationalistes, avons été au départ contrariés (pour ne pas dire révulsés) par la chanson-fétiche de Kassav: «Zouk-la sé sel médikaman nou ni». Nous étions sensibles à la beauté de cette chanson, à son rythme extraordinaire tout en étant perplexes face au message qu’il semblait transmettre: celui de la résignation. Hormis le zouk, point de salut, avions nous compris à l’époque. Avec le temps, grâce à St-Eloi, à Béroard et aux autres, nous avons fini par réaliser que nous nous trompions sur toute la ligne. Cette phrase ne signifiait pas que nous devions cesser de lutter et nous complaire dans la seule musique, en l’occurrence le zouk, mais tout au contraire que ce dernier était le remède qui nous permettrait de retrouver l’estime de nous-mêmes. Le zouk nous donnait une force intérieure qui nous renforçait dans le combat que nous menions contre l’indignité et l’ignominie du système en place. St-Eloi nous entraînait à être nous-mêmes, à devenir nous-mêmes, c’est-à-dire Créoles, fils et filles d’un peuple mis à genoux, d’une langue et d’une culture sans cesse bafouées.

VERITE UNIVERSELLE

On comprend, là encore, pourquoi le succès de Kassav fut international et non pas simplement antillais ou hexagonal. Voir des Japonais se trémousser dans un concert alors même que leur identité est aux antipodes de la nôtre, les voir reprendre en chœur les chansons en créoles de St-Eloi et des autres, langue qu’ils ne comprennent bien entendu pas, n’est pas anodin. Tout œuvre d’art qui porte en elle la vérité de son peuple est forcément universelle: vase chinois de l’époque des Ming, statuette congolaise, masque rituel papou, tissage amérindien, fado portugais, flamenco andalou, «Don Quichotte», le Ramayana indien, légendes scandinaves etc.

Patrick Saint-Eloi s’est rapproché des étoiles. Il vit désormais parmi ses semblables. À nous, il a laissé, une intonation, un phrasé, des vocables qui continueront longtemps, très longtemps, à nous enchanter et surtout à nous rappeler qui nous sommes à l’heure où, toute honte bue, nous nous enfonçons de manière inexorable dans cette fausse modernité qui, à terme, nous conduira à la disparition pure et simple en tant que peuple.

Raphaël Confiant
18. Septembre 2010

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POUR PATRICK SAINT-ELOI

Il y a d’abord le respect dont il faisait preuve à l’égard de tous.

Puis sa bonté.

Puis sa simplicité.

Puis cette humilité qui faisait partie de son talent, en intensité, en force et en fragilité.

Il y a encore, l’absence de renoncement, ou de désengagement, dans une vie qu’il a voulu mener en solitaire pour mieux être solidaire.

Ce qui nous reste, c’est cette célébration constante de sa terre, de son pays et de son peuple. C’est son inclinaison naturelle à associer aux rythmiques de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane, les mélodies et harmonies de toute la Caraïbe et des autres faces du monde ; comme si, dessus la base féconde de la polyrythmie du zouk, pouvait se capter et se vivre au mieux ce que nous sommes : des identités enracinées mais ouvertes, opaques mais tellement claires d’amour, de danse, d’amitié, de la joie et de la douleur du vivre…

Ce qui nous reste, c’est cette langue créole menée vers les intensités de la douceur la plus extrême, exaltée dans les célébrations du sentiment, forcée d’accorder son éclat aux labyrinthes des vieux lenbé.

Ce qui nous reste, c’est la langue créole soudain capable d’exprimer ce que les hommes d’ici savent si peu exprimer : le désarroi, la tendresse, la mélancolie, notre fragilité en face des grands soleils de l’émotion, et de la puissance des femmes.

Nous reconnaissons-là, au coeur même du créole, de sa culture et de sa langue, un tressaillement lyrique considérable. Mieux qu’une réussite : une source singulière qui fera de son passage parmi nous un événement aussi impérissable qu’une floraison de flamboyants.

Patrick St Eloi nous a chanté la vie.

Et de savoir que nous ne le verrons plus danser avec nous, parmi nous, fait partie de ces peines sans remèdes qu’il avait su nous faire chanter.

Gérard DELVER

Patrick CHAMOISEAU

18 09 2010.

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