( 17 août, 2010 )

Jean Chomereau-Lamotte-Décédé

MEMOIRE

Jean Chomereau-Lamotte sur son 51

Propos recueillis par Philippe BRIOT franceantilles.fr 07.08.2010

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 Jean Chomereau-Lamotte-Décédé

 Mardi 17 Août 2010 Journaliste Retraité Doyen Presse Écrite Locale

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Il est LA mémoire vivante de l’épreuve. Jean Chomereau-Lamotte, ancien responsable des sports à France-Antilles, toujours en activité pour un autre titre, fêtera, cette année, son 51e Tour cycliste de la Guadeloupe. Impensable, incroyable longévité !
A 75 ans, il a vu naître l’événement sportif le plus populaire de l’année. Il a connu ses duels les plus épiques, ses histoires les plus saugrenues, ses heures les plus noires, les plus folles. Si Jean pouvait retracer 50 ans de souvenirs du Tour, ça donnerait, dans les grandes lignes, cette version. Intense et passionnée. Comme le bonhomme.

1948:LE 1ER TOUR
« Le Tour a été créé en mai 1948, par le président du comité Camille Jabbour, dans le cadre du centenaire de l’abolition de l’esclavage. Il avait un journal Match, exclusivement réservé aux sports. On avait demandé à son équipe de collaborateurs de créer une manifestation pour célébrer le centenaire de 1848. C’est comme ça que le Tour est né. Il y avait seulement deux étapes : une le samedi sur la Grande-Terre, une autre le dimanche qui faisait le tour de la Guadeloupe. Puis a été ajouté un contre-la-montre de 56 km entre Pointe-à-Pitre et Le Moule aller-retour. Petit à petit, on a augmenté le nombre d’étapes. »

1965 ET 1968 : DEUX TOURS MANQUANTS
« En 1964, je travaillais à Antilles Matin. Avant le Tour, on fait un cahier spécial. Je réalise un entretien avec Jabbour pour savoir comment il voit le Tour et lui demande son favori. Il me répond Sylvère Cabrera qui, à l’époque, rafle tout en Martinique. En Guadeloupe, il y a Robert Bolus de l’US Goyave – Petit-Bourg, qui gagne également tous les week-ends. Pour les Guadeloupéens, personne ne pouvait le battre. Or, Cabrera gagne le Tour 1964 sans gagner d’étape, avec 56 » d’avance sur Bolus. Les supporters de Bolus étaient mécontents car ils considéraient que c’était une victoire programmée par Jabbour. Lors des courses suivantes, les officiels ont été pris à partie. Jabbour et son comité ont démissionné. C’était la panique de voir la Guadeloupe sans vélo ! On a donc monté un comité provisoire avec Deblaciat comme président. Moi-même, je me suis retrouvé secrétaire général provisoire. Il n’y a donc pas eu de Tour en 1965 pour cette raison. En 1968, il n’y a pas eu de Tour en raison d’une alerte cyclonique. »

1966, LES DÉBUTS DU DUEL MOLIA – PAULINE
« En 1966, deux jeunes surgissent, Alain Pauline, de la Grande-Terre, et Saturnin Molia de Lamentin. Ça nous a permis de créer une espèce de rivalité avec France-Antilles. Tous les dimanches, c’était ou Pauline ou Molia. La Guadeloupe était coupée en deux. Ce duel a relancé le cyclisme après 1965. Il y avait au moins 100 000 personnes aux arrivées. Le football était loin derrière. En 1966, Pauline gagne le Tour. En 1967, avec les événements de mai, le Tour a lieu en octobre. Parti au bataillon de Joinville, Pauline revient courir le Tour au VC Pointois grâce à l’aide de mécènes et il gagne de nouveau en battant son rival Molia. Deux ans après, Saturnin Molia intègre une sélection de la Guadeloupe et s’impose sur le Tour. Ce duel a duré comme ça jusqu’en 1975. »

1967, SON PIRE TOUR
« 1967 reste mon pire souvenir sur le Tour. Dans la dernière étape, en sortant de Bouillante, dans la descente de Pigeon-Locquet, Danquin a percuté une voiture mal garée. Il est mort sur le coup. Pauline était déjà loin devant. Quand on lui a annoncé la nouvelle, il a ralenti complètement. Ça l’a vraiment marqué. »

1972, LES COLOMBIENS « VOLENT »
« En 1971, on avait invité une équipe du Costa Rica. L’un de ses coureurs, José Delgado, termine troisième. À la réception de fin de Tour, il prend la parole et dit : « Si vous voulez avoir une autre image du cyclisme latino-américain, invitez la Colombie. » En 1972, les premiers coureurs colombiens arrivent. Ils ont tout ramassé avec Abatuel, Chitiva et Galéano ! En quatre étapes, ils ont éliminé Pauline et Molia. Ils ont aussi balayé dans la dernière étape, Christian Poissenaux qui était alors maillot jaune, un espoir recommandé par la Fédération. Il a même abandonné, on l’a retrouvé à l’hôpital perfusé ! Les Colombiens ont pris les deux premières places. Valentin Claire a fini troisième. Il avait à peine 20 ans… »

1973, SON TOUR LE PLUS FOU
« Pour moi, le Tour le plus fou a été celui de 1973. Avant la dernière étape, le Saintannais Babylas Jacobin avait le maillot jaune. Il était censé avoir déjà gagné. Jusqu’à Deshaies en revenant sur Pointe-à-Pitre, Jacques Martinez était deuxième au classement général. À ce moment-là, à 50 km de l’arrivée, il choisit de s’enfuir et rentre sur La Pwent avec 7 minutes d’avance sur Jacobin ! C’était la grande désolation pour la Guadeloupe. On a d’ailleurs dit qu’il était dopé. En 1974, le docteur Félix Proto, médecin fédéral, a donc instauré le contrôle antidopage. »

1979, LE TOUR DEVIENT INTERNATIONAL
« Pourquoi le statut international ? Parce que les équipes extérieures qui venaient participer au Tour se faisaient taper sur les doigts par l’UCI. Cette dernière estimait que le Tour n’était pas réputé sur le plan international et pensait à leur infliger des amendes. Le président d’alors, Eloi Forstin, a donc entrepris des démarches auprès de la Fédération pour que l’épreuve soit reconnue par l’UCI. C’est comme ça qu’est né le premier Tour international, en 1979. C’est Nelson Cabrera qui s’est imposé sur le terrain mais comme par la suite, il a été convaincu de dopage, c’est le deuxième, Humbert Aristée, qui a été déclaré vainqueur du 1er Tour international. »
1986, SES PLUS GROSSES ÉMOTIONS
« En 1986, on a eu un duel de toute beauté dans la montagne entre le Colombien Alvajo Mejia et Eric Zubar, qui faisait partie de l’équipe de la Guadeloupe dirigée par Pierre André. Pourquoi ça m’a marqué ? Parce qu’on a enfin vu des Guadeloupéens avoir du répondant face à de purs grimpeurs. »

1991… PUIS LE VIDE GUADELOUPÉEN
« Pourquoi les Guadeloupéens ne gagnent plus ? Car il manque une politique sportive de qualité. Par exemple, avec nos sélections, on part courir le championnat des DOM, les championnats des petits pays de la Caraïbe. Nous rencontrons qui ? Sainte-Lucie, Haïti… Il faut être sérieux et se confronter à un autre niveau. Avec Paulin Chipotel, l’ancien président du comité, on avait envoyé en métropole une sélection de six juniors pendant deux mois. Bruno Zadigue a remporté la 1re étape du Mémorial Louis-Caput. C’était la promotion Laurent Jalabert. Zadigue s’est alors retrouvé en équipe de France junior lors des championnats du monde en Allemagne. Pourquoi ne pas avoir renouvelé cette expérience ? Il faut des contacts sérieux avec les clubs de métropole. À l’époque de Forstin, on avait un jumelage avec un club de Poitou-Charente. »

1992, SON TOUR LE PLUS MARQUANT

« Le Tour qui m’a le plus marqué ? Celui de 1992. On avait l’habitude d’inviter des équipes étrangères et notamment des coureurs allemands. Cette année-là, ce sont des Allemands issus de l’Est qui débarquent. Jusqu’à cette date, on recevait des coureurs d’Allemagne de l’Ouest. Mais avec la réunification, il y avait les deux. Un dénommé Jens Voigt prend le départ. Il y a eu un duel au sommet dans une étape de montagne qui était une vraie étape de montagne avec l’Estomac à Frédérique, Baillargent, les Mamelles, Salé, Sapotille, l’Hermitage avec arrivée à Gourbeyre. Les Colombiens étaient donnés favoris et c’est Jens Voigt qui gagne ! Voyant ça, leur directeur technique a changé la tactique. Son coureur Ortis était maillot jaune. Il lui a demandé de rester avec les Allemands qui étaient bons dans la montagne et sur le plat. Et a demandé à Rico de se glisser dans une échappée sur l’étape de Saint-François. Elle aboutit avec huit minutes d’avance, Rico prend le maillot jaune et il gagne le Tour. Voigt finit deuxième, c’était du haut niveau cette année-là. »

2000, LE COUREUR LE PLUS IMPRESSIONNANT
« Le coureur qui m’a le plus impressionné sur le Tour de Guadeloupe a couru le Tour de France il y a quelques semaines. C’est le Britannique Bradley Wiggins. Il est venu en 2000, a gagné deux étapes sur le plat et le contre-la-montre. C’est Daniel Bernal qui a gagné mais Wiggins dégageait quelque chose. Il avait 20 ans. Beaucoup de pros sont passés sur le Tour et ce qui est remarquable avec eux, c’est qu’ils ont tendance à rappeler leur séjour chez nous. »

2010, QUEL GUADELOUPÉEN POUR LA GAGNE ?
« Il faut d’abord avoir plus de 26 ans pour gagner le Tour. Il faut savoir bien grimper et être bon sur le contre-la-montre. Donc comme Guadeloupéen, je ne vois que Boris Carène. Dommage que tout le monde le conseille…. Ça le perturbe, je pense. Il a une chance encore cette année. Mais dans son club et pas en sélection. Il n’aurait pas suffisamment d’aide. Dans son club, il a Chacon, Ubeto… Il manque en Guadeloupe un pur grimpeur. Avant, il y avait Valentin Claire, Pierre Rosalien… »

2010, SON CHOUCHOU ?
« Je n’ai pas de chouchou. Je suis dur avec nos coureurs, ils le savent d’ailleurs. Je souhaite qu’ils progressent. Certains jeunes ont beaucoup de qualités mais vivent trop au jour le jour. À l’époque, quand Molia perdait un dimanche, je « l’assassinais » dans le journal. Le dimanche d’après, il me cherchait dans la foule et me disait : « D’accord, tu avais raison mais aujourd’hui, tu vas voir ! » Et il gagnait avec six minutes d’avance. »

2010, SON DERNIER TOUR ?
« Tant que tout fonctionne, je continuerai. La dernière fois que j’ai vu mon copain Gérard Porte, le médecin du Tour de France, que j’ai connu ici, il m’a dit : « Continue à faire des articles et des photos, parce que lorsque tu vas t’arrêter, toutes tes lumières vont s’éteindre. » Il m’a averti. Alors comme j’aime la vie, je continue tant que je suis en forme ! Je ne pourrais pas suivre les courses sans écrire. »

LE TOP 3 DE SES 50 TOURS
1. 1992, pour la présence de Jens Voigt
2. 1979, c’est le 1er Tour international
3. 1978, avec la victoire de Valentin Claire.

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Les étapes vues par… JEAN-PIERRE …

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