( 24 août, 1997 )

Victor Sablé-Décédé

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 Victor Sablé-Décédé

Victor Sablé, né le 30 novembre 1911 à Fort-de-France (Martinique) et mort le 24 août 1997, était avocat, et député de la Martinique de 1958 à 1986.

Victor Sablé était le porte-parole de la droite martiniquaise dans les instances politiques parisiennes et un farouche adversaire de toute idée d’autonomie ou d’indépendance de la Martinique.

Assimilationniste et départementaliste convaincu, Victor Sablé déclarait : « C’est ce statut (DOM), malgré ses ambiguïtés et ses imperfections, qui a le mieux assurer la défense des libertés et des droits individuels, grâce à la sécurité des crédits qui nous reviennent par le jeu automatique des mécanismes du budget de l’État et nous a fait profiter des fruits de l’expansion d’une des premières puissances économiques européennes…C’est enfin ce statut qui a pu nous permettre de porter notre jeunesse au plus haut niveau culturel, grâce au prestige d’une langue mondialement parlée et admirée, aux facilités d’accès aux grandes écoles, aux contacts de civilisation et aux carrières ouvertes sur un large éventail de possibilités…C’est la langue française qui nous a élevés des bas-fonds de l’obscurantisme aux lumières de la culture universelle…Les Antilles ne veulent pas suivre le sort du tiers monde, dont elles encouragent le combat contre toutes les formes d’impérialisme, mais elles veulent rester avec la France à l’heure de l’occident. »

Victor Sablé était radical-socialiste puis membre de l’UDF.

A l’Assemblée nationale, il fut un défenseur opiniâtre des dossiers concernant la banane antillaise. Victor Sablé, alors qu’il n’a jamais été maire d’une grosse commune, a réussi l’exploit d’être député du sud pendant 28 ans, grâce certainement à son charisme et au soutien des békés.

Parcours politique
Député de la Martinique de 1958 à 1986
Sénateur de la Martinique de 1946 à 1948
Député européen de 1979 à 1984

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Avocat,Sénateur et député
Né à Fort de France
Le 30.Novembre.1911 Mort le 24 Août 1997
à L’âge de 85 ans,à Nice,où il était hospitalisé depuis le 13 Août à la clinique

Interview de M. Victor SABLÉ, Député de la MARTINIQUE Député au PARLEMENT EUROPÉEN
par
M. Philippe de BALEINE. Rédacteur en Chef de l’hebdomadaire PARIS-MATCH 25 Juillet 1979
QUESTION:

y a 80.000 voitures à la Martinique soit à peu près une par famille de 4 personnes. Or à en croire les chiffres officiels il y a près de 20% de chômeurs et les salaires du secteur privé sont très faibles. Comment expliquer cette contradiction:
RÉPONSE:
Des experts prétendent qu’il y a plus de voitures par tête•d’habitants dans ce petit département de 330.000 habitants que dans certains pays d’Europe et même qu’en Italie qui est le cinquième pro¬ducteur mondial d’automobiles. Il n’y a pas de transport en commun organisé dans ce pays. Et pour ne pas marcher sous la pluie ou le soleil, tout le monde cherche à rouler en voiture.
Comme en métropole, la voiture est un signe extérieur de réussite sociale. La solidarité familiale s’efforce de concourir à l’ascension de chacun. Il arrive même que les prestations sociales, allocations familiales, etc … sont en partie détournées de leur objet dans ce but, etparfois au détriment du confort du foyer.
Si le taux du chômage y est bien plus élevé par suite de la fragilité de l’économie, les revenus individuels grâce à l’extension progressive de la législation sociale sont globalement assez voisins de ceux de la métropole. Pour ceux qui travaillent, les salaires sont aussi ies plus élevés de la Caraïbe à l’exception de Porto Rico qui est d’obédience américaine.
QUESTION:
Les Antillais désertent de plus en plus la terre. Pourtant tout le monde est bien d’accord, l’une des conditions du redressement économique est le développement des cultures vivrières et de l’élevage. Comment ramener les Antillais aux champs? Quelles mesures concrètes immédiates peut-on envisager, comme par exemple le contingentement progressif des importations alimentaires?
RÉPONSE:
On a laissé se développer trop longtemps l’idée que les travaux des champs étaient liés au souvenir de l’esclavage. Pourtant dans nombre de pays d’Europe Centrale, par exemple, le servage a duré plus longtemps que l’esclavage aux Antilles. Mais aucun poête antillais n’a jamais chanté les louanges du paysan. Il n’y a pas eu de réformes agraires et la génération nouvelle n’a trouvé ni crédits ni terres disponibles pour travailler à son compte. Avec le développement de l’enseignement public, les jeunes qui fréquentent les écoles ne veulent plus revenir à la terre et aux métiers qui étaient jusqu’alors le lot des personnes peu instruites. Les analphabètes d’il y a 50 ans ont complètement disparu. Le taux de scolarisation est pratiquement de 100%. Ces jeunes voués traditionnellement aux travaux des champs sont, aujourd’hui, avec leurs diplômes, à la recherche d’un emploi dans les villes et, plus particulièrement, dans les carrières libérales, dans les carrières administratives ou commerciales où, pensent-ils, le travail est mieux rémunéré et, surtout, mieux considéré .. Désir comme partout de gagner plus d’argent, mais aussi goût très prononcé de la considération publique. On trouve des gens qui préfèrent gagner moins d’argent à condition d’être mieux considérés. Enfin, pour beaucoup, la migration, avec ses possibilités d’évasion, a donné l’espoir d’une vie’ meilleure ailleurs … Du fait que les salaires et les charges sociales ont augmenté considérablement, la production locale est devenue extrêmement onéreuse surtout pour les petites exploitations. Il est exact qu’avant la guerre les légumes du pays étaient produits en abondance. La facilité des communications internationales a complètement changé les habitudes alimentaires. On s’est mis à consommer énormément de pain, de viande, de pommes de terre, des carottes, des navets, des petits pois, etc … Il suffit de comparer les statistiques d’importation au cours des trente dernières années pour comprendre l’importance de cette transformation alimentaire.
Autrefois, on mangeait à l’européenne dans les classes aisées ou en l’honneur des métropolitains de passa.ge. les denrées alimentaires locales coûtent de plus en plus cher, plus cher même que la pomme de terre qui nous vient d’Europe. Et en l’absence d’une organisation du marché de consom¬mation locale tous les efforts tendent à l’exportation des productions agricoles vers la métropole, où leur caractère exotique fait prime.

QUESTION:
On peut poser les mêmes questions à propos du développement souhaité des petites industries.
Comment valoriser le travail manuel ?
RËPONSE:
Aux Antilles, il n’y a pas de traditions industrielles, à l’exception de l’industrie sucrière qui ~st actuellement en régression. Dans le passé, les îles n’étaient que des ports de relâche pour la manne à voile et des comptoirs commerciaux d’import-export. Depuis quelques années, de jeunes chefs d’entreprises ont décidé de faire des tentatives d’industrialisation et réussissent fort bien. Ce sont surtout des industries agro-alimentaires. Ils ont fait une percée dans les pâtes alimentaires, dans les jus de fruits, la brasserie et aussi dans la cimenterie, dans les matières plastiques, dans la tréfilerie et dans l’électronique aussi. Nous espérons pouvoir créer un courant de réexportation soit vers la métropole, la Caraïbe ou l’Amérique. C’est en tout cas l’idée de M. Jean-François Deniau qui est venu récemment à la Martinique et qui souhaite vivement que certaines petites industries soient aidées ainsi que l’arti¬sanat. 1\ faudrait évidemment une personnalisation et une souplesse plus grande du crédit. Il y a, là-bas, des gens qui ne manquent pas d’imagination et de talent.
QUESTION:
Comment expliquer le mauvais niveau de l’enseignement aux Antilles et ses médiocres résultats?
RÉPONSE:
Après guerre, il ya eu une explosion démographique. La population scolaire a décuplé subitement sans augmentation corrélative du personnel enseignant. On a vu des bacheliers donner des cours parce qu’on ne pouvait laisser des élèves sans maître.
Avant la guerre, nos étudiants Antillais étaient réputés de très haut niveau. Les professeurs de l’unique Lycée Schœlcher de Fort-de-France étaient presque tous métropolitains ou martiniquais de tout premier ordre. Les élèves étaient peu nombreux et étonnaient par leurs résultats dans les facultés et les grandes écoles. L’ambition de ces étudiants, le plus souvent boursiers de la colonie sélectionnés par la conception élitiste qui prévalait alors, était de prouver dans toutes les disciplines universitaires ce qu’on appelait alors les possibilités intellectuelles de la race antillaise. Ils étaient plus soucieux d’acquérir une place de choix dans la société et donnaient plus d’importance à l’ap-profondissement des connaissances dans la lutte pour la vie qu’à la contestation et la propagande politique. La priorité des priorités étaient de s’arracher au paupérisme colonial. Mai 68 était encore bien loin. Avec les années, en dépit des dépenses considérables du Ministère de l’Education Nationale, dépenses qui ont surtout servi à de somptueuses constructions scolaires, la qualité de l’enseigf1ement est généralement critiquée.
Un Inspecteur en mission s’écriait: «C’est très beau d’avoir construit des cathédrales, mais s’il y a beaucoup d’élèves assoiffés de savoir, il y a bien peu de maîtres de haut niveau pour satisfaire leurs exigences !».
La cascade des réformes universitaires, sans adaptation, a provoqué juste au moment où la démocratisation de l’enseignement se réalisait enfin, plus de troubles que d’effets positifs. On entend couramment dire que les «V.A.T.» qui viennent donner des cours pendant la durée de leur service militaire, malgré leurs diplômes et leur bonne volonté, manquent souvent d’expérience pédagogique et de la foi nécessaire à leur mission. 1\ faut dire aussi qu’un certain nombre de professeurs antillais hautement qualifiés choisissent d’exercer en métropole pour des raisons personnelles et, à cause du chômage, une pression politique et syndicale se fait sentir pour le recrutement sur place d’enseignants qui, souvent, n’ont pas pu aller au bout de leurs études.
QUESTION:
Est-ce en voie d’amélioration?
RÉPONSE:
Les données du problème de l’enseignement ont été bouleversées. Un des excès de la départementalisation a consisté à ne pas tenir compte, dans la méthode pédagogique, des différences socio¬logiques qui existent forcément entre un grand pays industrialisé comme la France et un petit pays sous développé dans la Caraïbe. Le niveau culturel poursuivi dans l’égalité des droits d’une même république devait être approché par des voies plus appropriées aux structures mentales, à l’environ¬nement social et, surtout, aux besoins de la collectivité.
En France, on entend souvent regretter que la classe ouvrière et paysanne ne soit représentée que dans la proportion de 15 ou 20% dans les Universités. En 1958 à l’avènement de la Ve République, cette proportion n’était que de 5% seulement. A la Martinique où la bourgeoisie est numériquement très réduite et les masses populaires beaucoup plus nombreuses, la proportion est naturellement inversée. Une plus grande proportion d’enfants des classes défavorisées profitent de la gratuité de l’enseignement. Une partie de la bourgeoisie en dehors des écoles privées locales, va faire des études à l’extérieur, au Canada, aux Etats-Unis et en France. Le désir d’ascension sociale conduit des familles modestes à suivre cet exemple. De même que dans les régions industrielles de France les enfants ne

veulent plus descendre dans la mine comme leurs parents, aux Antilles les fils de cultivateurs ne veulent plus retourner aux champs couper la canne. Les réactions mentales sont semblables mais dans un contexte économique fondamentalement différent.
QUESTION:
Les rémunérations excessives des fonctionnaires n’ont-elles pas déstabilisé la société. Que faire pour supprimer ce fléau?
RÉPONSE:
Autrefois, une prime d’e)Çpatriation était comptée aux seuls fonctionnaires d’Etat pour les encou¬rager à aller servir loin de chez eux, dans les colonies.
Les fonctionnaires d’Etat Antillais y avaient également droit. Ils en profitaient dans tout le reste de l’empire colonial, plutôt que dans leur pays d’origine.
Une des grandes revendications de ce temps-là a été de demander l’égalité de traitement entre tous les fonctionnaires servant dans les colonies, sans aucune distinction. A force de protestations ~t de grèves, cet avantage a été accordé à tous. Et plus tard même des avantages équivalents ont été étendus par assimilation à un certain nombre de personnes n’appartenant pas à la fonction publique.
Après la loi du 19 mars 1946 transformant les vieilles colonies en départements français, certains services ministériels ont voulu supprimer cet avantage considéré comme une survivance d’ancien régime mais M. Robert SHUMANN alors Ministre des Finances, le maintint. Il est devenu «un droit acquis». Ce n’est plus une prime d’expatriation appelée aussi «supplément colonial» mais une indemnité de vie chère. L’opinion publique s’est farhiliarisée avec cette conception égalitaire de la fonction publique dans les départements d’Outre-Mer et avec l’idée que la vie y est plus chère pour les fonctionnaires qu’en métropole. Depuis quelque temps les syndicats ouvriers déclarent, non sans logique, que le coût de la vie est aussi élevé pour eux. C’est devenu un argument sérieux dans les négociations avec le patronat.
QUESTION:
N’y a-t-il pas là un phénomène inflationniste?
RÉPONSE:
En l’absence d’un système rigoureux de contrôle des prix on observe une tendance à la hausse du coût de la vie.
1 ~
Comme partout, le commerce prend ses dispositions pour absorber les augmentations de salaires escomptées. Ceci explique la suractivation de la consommation et aussi le niveau de vie très supérieur de nos départements antillais à celui des autres îles de la région sous développée des Caraïbes. La circulation monétaire y est plus fluide et le commerce d’importation beaucoup plus diversifié.
QUESTION:
On dit que cette situation privilégiée des fonctionnaires ne favorise pas l’entreprise dans le secteur privé puisque ce sont les fonctionnaires qui gagnent le plus?
RÉPONSE:
Dans les conditions actuelles, les jeunes gens se dirigent tout naturellement vers les carrières administratives. Et les Antillais qui exercent en Métropole, surtout dans les petits emplois, demandent leur mutation pour profiter des avantages de la fonction publique dans leur département d’origine. D’où l’engorgement des administrations.
QUESTION:
Cette situation sociale est préjudiciable à l’économie des Antilles. Elle ne changera donc jamais?
J’ai entendu soutenir cette idée qu’un gouvernement sinon autonomiste, tout au moins un gouverne-ment local disposant de larges moyens de décentralisation et s’appuyant sur une assemblée locale élue (c’était une idée du Général de Gaulle à un certain moment. Ce n’est pas forcément une idée indépen¬dantiste), un tel gouvernement devrait être assez fort et avoir assez d’autorité pour prendre des mesures en vue de réduire cette inégalité des salaires entre le secteur public et le secteur privé,. inégalité qui, comme on dit, a des effets pervers.
RÉPONSE:
La classe des fonctionnaires constitue l’élite du pays. Ils ont le savoir, les diplômes, l’indépendance et un certain poids syndical. Ils sont proportionnellement plus nombreux qu’ailleurs et c’est parmi eux que se recrutent la plupart des élus locaux. En France métropolitaine, c’est le secteur privé qui offre les meilleurs salaires. Certains commencent à penser qu’une des solutions envisageables consisteraità obteDir de la puissante fédération des syndicats de fonctionnaires son consentement sur une réduction progressive de cette indemnité sur 10 ans, par exemple, pour ne pas perturber leurs con¬ditions d’existence ou leurs engagements individuels, mais, à la condition formelle qu’une loi de finance affecte les crédits dégagés en supplément des dotations budgétaires à un plan de développe-

ment et de modernisation de l’économie régionale. Ces mêmes personnes pensent que cela mettrait un terme à l’afflux de fonctionnaires métropolitains que l’on appelle aussi des chasseurs de primes et faciliterait ainsi le recrutement des fonctionnaires antillais dans leur propre pays. Mais aucun gou¬vernement ne peut aborder ce problème sans risquer de graves conflits sociaux car il faudrait affronter l’hostilité des syndicats et faire face à l’abaissement du pouvoir d’achat qui modifierait profondément les mécanismes de la vie économique. De nombreux fonctionnaires sont partisans, en esprit, de l’au¬tonomie mais restent attachés à ce système de rémunération tout comme leurs adversaires politiques. Ils veulent l’autonomie mais sans perdre les avantages de la départementalisation.
QUESTION:
Mais, dans votre livre, «LES ANTILLES SANS COMPLEXES» vous avez soutenu qu’il serait souhaitable de nationaliser les grandes plantations de canne à sucre?
RÉPONSE:
Oui, cela avait été un de mes projets au lendemain de la guerre à une époque où cette réforme était possible et entrait dans le cadre du programme du Conseil National de la Résistance. Mais, l’opinion publique n’y était pas préparée et l’idée fit scandale. Pour le public, l’industrie sucrière était si prospère que rien ne pouvait entamer sa puissance. Patrons et ouvriers s’épuisaient en conflits rituels pour en tirer le maximum ; mais, aucun plan rationnel et concerté ne fut jamais envisagé par les intéressés eux-mêmes, pour développer cet outil de production.
Un syndicaliste m’a dit un jour que les «békés» fermaient leurs usines par pure scélératesse pour mettre les travailleurs à genoux. Des patrons nostalgiques et trop sûrs d’eux-mêmes ne pres¬sentaient ni les lois sociales, conséquence de la départementalisation, ni les grandes mutations du commerce international conséquence des progrès technologiques, et de la montée du tiers monde. Ce problème fut livré aux technocrates et aux démagogues. L’industrie sucrière fut une industrie clé. On fabriquait 92.000 tonnes de sucre mais avec des salaires anormalement bas alors qu’aujourd’hui on ne dépasse pas 10.000 tonnes avec des salaires beaucoup plus élevés. Les statistiques officielles du chômage s’enflent artificiellement car il n’y a pas de demandeurs d’emploi dans le secteur agricole. Ce que l’on appelait jadis l’aristocratie sucrière des Îles, c’est bien fini. La départementalisation, avec son cortège de lois sociales, lui a réglé son compte.
Des industriels se sont reconvertis dans le commerce. Le Ministère des Finances, à un certain moment, était disposé à consentir des aides pour une relance rationnelle de cette production tradi¬tionnelle. Je doute qu’il en soit de même aujourd’hui. Il faudrait créer une usine nouvelle car les anciennes tombent de vétusté. D’après les experts pour qu’une usine soit rentable il lui faudrait fabri¬quer au moins 60.000 tonnes de sucre et notre quota a été ramené à 30.000 tonnes tout récemment au profit de la Réunion. Les conditions d’exploitations locales, l’évolution du commerce international, la signature de la Convention de Lomé, les difficultés internes de la Communauté Economique Européenne dans ce secteur, l’annonce de la création d’une nation martiniquaise, ont radicalement modifié les données du problème. Il faut retenir aussi que l’industrie réunionnaise bénéficie de deux avantages dont les effets se cumulent:
1) le rendement atteint jusqu’à 13% alors qu’il ne dépasse pas 7,5% à la Martinique et que
2) les salaires y sont encore inférieurs de 28% à ceux des Antilles.
QUESTION:
Que faire alors de toutes ces terres anciennement consacrées à la canne à sucre?
RÉPONSE:
La culture de la banane a pris la relève, elle était surtout destinée à fai re obstacle aux effets nocifs de la monoculture de la canne. C’est un certain nombre de petits planteurs qui n’avaient pas de contingent de rhum et de sucre qui s’y sont lancés les premiers. Socialement, ce fut une révolution; des milliers de petits paysans qui vivaient dans la misère et dans la subordination des usines ont pu, après la guerre, se tirer d’affaires. Les pouvoirs publics ont aidé l’encadrement et soutenu financièrement cette culture qui était nouvelle et démocratique. Il faudrait maintenant en faire autant pour l’élevage et les cultures maraîchères ou fruitières qui se prêtent mieux aux exploitations familiales:
Beaucoup de jeunes sont actuellement compétents et sont prêts à jouer le jeu. Mais il faut d’abord organiser la distribution et le marché de la consommation locale pour les habitants et pour les touristes.
QUESTION:
Quand les associations d’étudiants Antillais, tous très à gauche, parlent de colonialisme, d’ac-caparement des terres par les «Békés», c’est donc très exagéré?
RÉPONSE:
Globalement les «Békés» n’ont plus la même puissance qu’à l’époque coloniale, mais ils cons¬tituent encore une classe prépondérante, comme il en existe, d’ailleurs, dans ous les pays, en Europe comme dans le tiers monde. Mais cette prépondérance ne peut s’analyser de la ê e manière qu’au¬trefois. Beaucoup des critiques dont vous parlez traduisent une volonté d’éma ci a ion sociale, mais
aussi d’une grande ignorance des complexités de la vie économique.
L’aversion qu’inspire à l’intelligentsia autonomiste les problèmes économiques est une véritable tragédie.
QUESTION:
Des affrontements raciaux éclatent depuis quelque temps. Pourquoi?
RËPONSE :
A la Martinique, il y a des gens de couleurs différentes souvent d’ailleurs dans la même famille mais, ayant la même religion, la même histoire, la même langue, la même culture, les mêmes habitudes de vie. Ils connaissent les deux branches de leur ascendance ou descendance génétique. C’est un «melting pot racial» et culturel auquel échappe en réalité une infime minorité. Un psychologue averti y verrait, non un conflit de races, comme dans les pays de ségrégation, mais plutôt, en se référant aux schémas marxistes, une lutte de classes, mais de classes sociales hétéroclites et de couleurs dï’fférentes. Sortie de la logomachie politicienne, le racisme aux Antilles relève plutôt de l’opportunisme social et du compte en banque. Il suscite plus de frustrations individuelles que de drames collectifs. A ma connaissance, seule une poignée de gauchiste prônant le nationalisme réclame le droit d’être raciste en vertu du principe de l’égalité. Puisqu’il y a des racistes en Métropole, pourquoi n’yen aurait-il pas à la Martinique? Bel exemple de perversion de mentalité assimilationniste !
Le micronationalisme, né de la petite bourgeoisie, lance plus de flèches contre les métropolitains qui incarnent, à leurs yeux, le colonialisme que contre les «békés» qu’elle considère comme des Martiniquais, mais des Martiniquais privilégiés. L’électoralisme des politiciens cache cet aspect de la réalité quotidienne qui annonce la fin de l’héritage spirituel de Schœlcher.
QUESTION:
Mais ces affrontements dans les lycées sont-ils le fait d’une propagande particulière?
RÉPONSE:
Le mouvement indépendantiste qui est nouveau s’est superposé au mouvement autonomiste qui, à l’origine, n’était pas idéologiquement anti-français. Les autonomistes réclamaient alors la décentra¬lisation des pouvoirs sans mettre en cause l’unité de la République. Tout au plus, ils invoquaient l’exemple de la constitution italienne. Beaucoup des dirigeants de la majorité actuelle ont été inscrits au parti de Césaire, séduits par la nouveauté de ses idées. Ils ont été ses lieutenants dans la lutte qu’il
. • menait alors contre le parti communiste dont il avait démissionné avec fracas en 1956, après les évè¬nements de Budapest. La rupture entre eux vint quand apparut le spectre du séparatisme. Aujourd’hui, la réforme régionale, imparfaite d’ailleurs, n’est qu’un commencement d’autonomie ou peut être interprétée de cette manière. Mais c’est une réforme qui se fait dans le cadre de la constitution française. Tous les partis de gauche ont radicalisé leurs positions et les mots d’ordre de ce front anti-colonialiste ne peuvent avoir qu’une tonalité anti-française en dépit de leurs rivalités.
QUESTION:
Pourquoi alors ces affrontements dans les lycées?
RÉPONSE:
Paradoxalement, ce sont souvent de jeunes enseignants métropolitains tout imbus de la révolution de mai 68 qui ont nourri la propagande contre le pouvoir français qui en supportent aujourd’hui les premiers contre-coups. Les militants locaux se sont servis de leur prestige pour accentuer leur mou¬vement nationaliste auprès des élèves tandis que les familles martiniquaises sentimentalement attachées à la France leur marquent de plus en plus leur hostilité.
Quand on s’aperçoit qu’il y a plus de métropolitains que de Martiniquais dans le personnel en¬seignant dans certaines cités scolaires, les syndicats s’enflamment et l’opinion publique, toujours aux aguets, s’émeut. L’exploitation politique du chômage persistant n’a pas de peine à provoquer des affrontements.
QUESTION:
On dit que l’influence cubaine est assez forte à la Martinique et que M. Césaire, lui-même, n’est pas sans avoir de rapports avec Fidel Castro ?
RÉPONSE:
Peu influençable, Césaire me paraît plutôt prédisposé à la réflexion solitaire, même si des mouvements politiques étrangers se servent de sa notoriété pour pousser leurs pions en direction des Antilles. Césaire n’est pas un suiveur. Les ressentiments qu’il a contre les gouvernements français successifs ne l’ont pas empêché de décliner récemment une invitation de Fidel Castro à partiCiper à un festival politico-culturel à la Havane. Mais ceux qui se réclament de lui n’ont probablement pas les mêmes scrupules. Mal à l’aise avec la gauche française qui leur a enseigné le nationalisme, ils pourraient subir l’influence intellectuelle des leaders étrangers pour compenser les frustrations que leur fait endurer leur échec politique dans leur pays natal.

QUESTION:
Les fonctionnaires métropolitains disent qu’ils sont là parce que les fonctionnaires antillais ne sont pas compétents à la Martinique. Ils sont 6.000 ou 7.000 métropolitains qui auraient plus de compétences techniques que n’en ont les Martiniquais. C’est quand même difficile à croire!
RÉPONSE:
Pourquoi les Martiniquais seraient-ils compétents hors de leur pays et cesseraient-ils de l’être chez eux-mêmes ? On ne peut tout de même pas demander à un petit département de 330.000 habitants de produire chaque année assez de lauréats de grands concours susceptibles d’occuper des postes qui dans une démocratie. moderne exigent de très hautes qualifications. Si l’on veut maintenir dans les diverses administrations le niveau compatible avec la complexité de la vie moderne, on ne peut éviter la présence d’un certain nombre de métropolitains à côté des fonctionnaires antillais. Ce n’est pas ce qui provoque les protestations.
QUESTION:
Oui, mais ils répondent et je les ai entendu dire qu’il y avait des Antillais fort compétents dans presque tous les domaines?
RÉPONSE:
C’est exact. Beaucoup occupent dans toutes les régions de France de fo 0 orables situations
et n’expriment pas le désir de retourner travailler dans leur pays. Il y vont en \IClcances ou pour leur retraite. Certains, d’ailleurs, craignent de subir contre leur conviction, les infl e ces ou pressions locales. Le principal sujet .de mécontentement, c’est la venue aux Antilles de pe i~s fonctionnaires sans compétence particulière qui prennent les emplois que les Antillais pourraient ‘isi le ent occuper eux-mêmes.
QUESTION:
Si vous lisez la littérature des étudiants antillais, des mouvements indépendantistes, vous remar-querez qu’il y a un surgissement de nationalisme local, d’une culture qui se dit guadeloupéenne ou martiniquaise, d’une langue nationale créole et qui, au fond, refoulent tout ce qui est français.
RÉPONSE:
C’est aussi un phénomène absolument nouveau qui date du traumatisme provoqué par la déco¬lonisation où, pour la première fois peut-être dans l’histoire, les étudiants antillais en Métropole ont eu des contacts avec des étudiants africains.
QUESTION:
Sauf alors les fonctionnaires Antillais qui allaient servir dans les colonies françaises d’Afrique.
RÉPONSE:
Oui, mais ces Antillais étaient considérés comme des métropolitains parce qu’ils étaient des ci¬toyens français. Ils étaient Procureurs généraux, Présidents de cour d’appel, Administrateurs ou Gou¬verneurs des Colonies. L’ancienne élite antillaise était bénéficiaire de la colonisation. Elle n’en était pas, on l’a dit, victime. Les Africains eux restaient encore soumis au régime de l’indigénat. Plusieurs chefs d’Etats n’étaient ni électeurs, ni éligibles en 1939 dans leur propre pays, tandis que, depuis la révo¬lution de 1848, ce sont des Antillais qui représentent leur pays au Parlem2nt français. Cet état de chose a fait d’ailleurs apparaître une certaine animosité des Africains contre les Antillais au moment de la décolonisation. Pendant plus d’un siècle et demi les Antillais se considéraient eux-mêmes comme faisant partie de la civilisation française. Ils étaient les seuls hommes de couleur à participer à la vie démocratique occidentale. Ce n’était pas le cas dans les autres colonies françaises, ni pour les ressortis¬sants des autres empires coloniaux. M. Césaire est une brillante. émanation de la culture européenne, ainsi que M. Senghor qui était alors considéré comme une exception pour l’Afriq e. Ce sont des européens de culture mais non de race. Et c’est le grand ethnologue allemand Frobeni s qui’ leur a fait découvrir les mystères de l’Afrique.
Avant la guerre, il n’y avait pratiquement pas d’étudiants africains à Paris. Il y e avait 2 ou 3 qui étaient bien connus. Tandis qu’aujourd’hui les étudiants Antillais en rencontren beaucoup d’Afrique et du Tiers Monde. Et pour la ptupart ceux-ci sont nationalistes. Avec la guerre d’ Igérie, nos étudiants se sont sentis brusquement une sorte de solidarité avec les peuples colonisés; mais l’idée ne leur était jamais venue de demander l’indépendance pour les Antilles. Ils se contentai t de combattre l’impérialisme français comme beaucoup d’hommes de gauche en France. Et puis 1s se sont mis à penser que, si des Gabonais, des Guinéens, des Sénégalais, etc … qu’ils connaissaient ien au quartier latin, étaient jugés dignes, par la France elle-même, d’exercer la souveraineté chez e le rs camarades étudiants allaient devenir rapidement députés, minitres, ambassadeurs, hauts fonet » naires c;,ez ex-mêmes), qu’il n’y avait pas de raison qu’eux, qui étaient politiquement évolués e « s 1 s 10 e s, conti¬nuent à être tenus sous la tutelle du colonialisme français. Mais il y a mcmdle i’ a e la valeur intellectuelle des hommes et l’importance économique de leurs pays respect »

QUESTION:
Le mot colonialisme est employé dans toutes les pages de votre livre. Comment cela se fait-il?
RËPONSE:
Le mot n’était pas en usage avant la guerre; il a agi comme un détonateur à la Libération et depuis, il a été au centre de tous les débats idéologiques et politiques. Il est vrai qu’aujourd’hui le mot s’est banalisé et que l’on parle aussi de colonialisme même dans les rapports entre Paris et la province.
QUESTION:
M. Césaire réclame sur un ton exagérément polémique une forme d’autonomie locale, de gouver¬nement local, l’élection d’une Assemblée locale. Est-ce que cette revendication, si elle était satisfaite assez vite, ne court-circuiterait pas toutes les revendications d’indépendance?
RËPONSE:
On pourrait se demander si, à une certaine époque, cela n’a pas été son raisonnement. Mais il a été débordé sur sa gauche et ses jeunes admirateurs, n’y tenant plus, en sont arrivés à l’insulter et à le com¬battre parce qu’il refusait d’aller au-delà d’une certaine limite. Ils en appellent encore à ses discours et à ses écrits pour réclamer non plus l’autonomie dans le cadre français, mais l’autonomie pour la nation Martiniquaise. Ils regardent, comble d’aberration, du côté des petites îles de la Cara ïbe qui ont accédé à l’indépendance parce que l’Angleterre les a complètement abandonnées à leur misérable sort. Quand on pense que Bermuda, 1.400 habitants, est en train de faire sécession de l’Ile d’Antigua qui en compte à peine 45.000 … C’est avec cette poussière d’états que les indépendantistes espèrent constituer un jour une confédération qui ne serait qu’une proie facile pour les puissances extra européennes en lutte pour l’hégémonie mondiale.
QUESTION:
J’ai entendu dire aussi que ces f’les indépendantes, comme la Dominique et Sainte-Lucie, lou-chaient sur le régime des départements antillais et qu’elles seraient bien contentes d’en profiter aussi.
RËPONSE:
C’est vrai et je peux vous le confirmer. Mais aucune suite n’a été donnée à cette démarche pour ne pas provoquer un tohu-bohu général dans la Caraïbe et dans le tiers monde. La Martinique et la Guadeloupe ont toujours été, même en régime colonial, un pôle d’attraction et un point de mire pour les îles environnantes. Mais je crois que M. Fidel Castro aura un jour moins de scrupule que le Gou¬vernement de Paris.
De toutes manières, chaque peuple, si petit soit-il, est responsable de son destin. Mais peut-il réellement échapper dans un contexte géopolitique donné, à l’influence d’une puissance dominante?
QUESTION:
Pour l’avenir, quelle est la solution pour les Antilles? Y a-t-il une nouvelle politique qui se dessine au sein de la majorité?
RËPONSE:
Avec son esprit de synthèse et son regard d’expert, le Président de la République, lors de sa visite en décembre 1974, a saisi les causes profondes de nos difficultés. Il faut bien reconnaître que l’Etat, en raison de la crise mondiale, n’a plus pour y remédier les moyens dont il disposait au cours de la précédente décennie.
Beaucoup de réformes pouvaient être réalisées facilement et durablement quand le problème cul¬turel ne se posait pas, quand l’ensemble du peuple se sentait comme un prolongement de la civilisation française dans l’hémisphère américain avec l’originalité des apports de l’ascendance africaine et de l’en¬vironnement Caraïbe. Aujourd’hui, la dimension culturelle marque de plus en plus la vie politique antillaise. Les autonomistes sont battus électoralement sur les thèmes qu’ils défendent. Mais, en l’ab¬sence d’élections, ils donnent l’impression, grâce à leurs relais de propagande, d’être les seuls porte¬parole du peuple martiniquais. Et la presse qui se dit favorable à la majorité, sans ramifications exté¬rieures, confinée dans les faits divers, dans les problèmes quotidiens ponctuels et dans les rivalités de clans politiques, ne mord pas sur le nombre grandissant des jeunes èn état de disponibilité. Le micro nationalisme fondé sur l’ethnie est en train de dissoudre le syncrétisme qui constitue le fond des tra¬ditions antillaises. L’anti-colonialisme qui est une cause juste est devenu le faux prétexte d’une résur¬gence des théories racistes de Gobineau et Goebbels. Le seul résultat perceptible de la lutte contre le racisme, telle qu’elle est menée aujourd’hui, est d’étendre à toutes les races les ravages de ce fléau.
QUEST/ON:
Le climat a changé à cause de cette propagande anti-française et aussi peut-être à cause de cette question de nationalisme appuyée sur le créole. Est-ce qu’on peut prendre au sérieux cette histoire de langue nationale des Antilles?
RËPONSE:
Le créole est une langue qui a pris corps au début du 18e siècle. Elle est née de la nécessité de com¬munication entre les colons européens installés àla Martinique et à la Guadeloupe et des esclaves venus d’Afrique. Elle ne remonte donc pas à la nuit des temps, comme dans certaines provinces d’Europe, celles qui préexistaient aux invasions, aux guerres d’extermination. Le créole a été parlé le plus natu-
rellement du monde dans une sorte de complicité générale. C’est une très jolie langue spontanée, colorée, chantante, très suggestive et, pour reprendre un vers d’Aimé Césaire, «belle comme l’oxigène à l’état naissant». Elle se prête aux chansons, aux proverbes, aux maximes et des auteurs de talent en ont tiré des contes et des fables qui sont dignes de la Fontaine et de Perrault.
QUE:STlON:
Oui, mais ce qu’ils disent, c’est que le créole est une langue nationale?
RÉPONSE:
Qui a dit qu’une langue est un dialecte qui a réussi? Mais j’ai peine à croire que cette langue à la¬quelle la population est fort attachée, qui exprime ses joies et ses souffrances, ses besoins et ses espé¬rances de tous les jours, puisse supporter le poids immense des connaissances encyclopédiques de notre société technicienne d’aujourd’hui. Elle n’est comprise que par 330.000 habitants qui n’aspirent qu’à s’arracher à leur ghetto insulaire. Chaque île a son dialecte. Si demain le créole devait devenir une lan¬gue nationale, les Martiniquais qui voud.raient accéder à la culture seraient en quelque sorte obligés de la trahir pour se servir d’une langue étraÎîgère, qui serait alors, le français, l’anglais et l’espagnol. Cette langue devenue nationale de gré ou de force serait complètement désadaptée à une époque où toute la vie des hommes se ramène essentiellement à des problèmes scientifiques, technologiques, économiques, et puis enfin, du point de vue de la culture au sens classique du mot, que donnerait, par exemple, une traduction en créole des œuvres de Shakespeare, de Racine, de Stendhal, de Tolstoï ou de Karl Marx? Je crois que les nations africaines et bien avant elles, Haïti, après leur indépendance, l’ont très bien compris. La langue est aussi un facteur de développement, de progrès, d’échanges internationaux. Et toutes ces nations qui ont lutté contre les anciens colonisateurs, parfois les armes à la main, ont adopté finalement la langue de ces derniers, tout comme d’ailleurs les Gaulois s’étaient mis à apprendre celle des Romains après le départ de Jules César. Ce que je redoute le plus, pour ma part, c’est le retour aux mentalités primitives qui permettrait à une élite de dominer la masse du peuple. Avec les sorbonnards qui s’en sont fait un cheval de bataille, le créole devient de plus en plus une traduction très imparfaite du français.
QUESTION:
Il y a un festival des arts nègres quise tient actuellement à la Martinique. Il est animé par M.
Césaire qui a fait un discours inaugural remarquable. Qu’en pensez-vous, Monsieur SABLE?
RÉPONSE:
Quel que soit le sujet qu’il traite, les discours de Césaire sont toujours remarquables. Il a fait venir des artistes noirs américains qui sont assez proches de ses vues politiques, mais qui ne sont pas du tout prêts à renoncer à l’American Way of Life pour retourner à l’africanité. Les insuffisances de la politique culturelle aux Antilles si elles se prolongent risquent de faire basculer ces dernières dans le camp des adversaires de la culture française. Je le répète, les autonomistes ne peuvent pas gagner les élections parce que même ceux qui sont séduits intellectuellement par leurs idées votent contre l’autonomie au moment de mettre leurs bulletins dans l’urne. Ils sont alors envahis par le sentiment qu’ils risquent de perdre leur citoyenneté française, le niveau de vie le plus élevé de la Caraïbe et la part de culture euro¬péenne qui est un des aspects essentiels de ce qui les distingue du reste de l’archipel.
Si on n’y prend pas garde, les autonomistes et indépendantistes qui piétinent sur le plan politique pourraient gagner la bataille culturelle il la Martinique. L’homme ne vit pas seulement de pain et de passions politiques. Toute une partie de la jeunesse sans emploi perdant le goût du travail est progressi¬vement dirigée vers une culture qui ne recherche pas à enrichir la culture française mais à y substituer une autre en se servant du créole comme d’une arme secrète du nationalisme ethnique avec toutes les tentations racistes que cela comporte. A une époque, même si l’autonomie avait été choisie comme système général de Gouvernement aux Antilles, cela aurait pu se faire sans miracle et sans heurts nos populations profondément pénétrées de la pensée française et du sentiment de solidarité politique avec la France n’auraient pas eu l’idée de s’en séparer. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque l’autonomie n’est plus un système de gouvernement mais le premier pas vers le séparatisme. Nos populations comme au Brésil tendaient spontanément à un métissage des cultures. La crise actuelle ne dérive pas d’un con¬flit de races mais d’une psychologie collective perturbée, d’un véritÇlble écartellement de t’âme mar-tiniquaise.
QUESTION:
Mais n’y a-t-il pas aussi des raisons économiques sérieuses?
RÉPONSE:
Sans aucun doute. Mais l’indépendance nationale qui a libéré les jeunes générations de leurs com¬plexes d’infériorité a aggravé la situation économique de bien des pays. Les questions économiques sont peut-être les plus importantes, car comme partout dans le monde, depuis que le matérialisme l’a em¬porté sur toutes les autres considérations, le plus obscur des citoyens a découvert les vertus et le pou¬voir de l’argent. Il y a encore 25 ans, si vous faisiez semblant de douter de la qualité de Français des Martiniquais, ils considéraient cela comme une offense à une certaine idée de l’homme qu.’ils croyaient incarner. L’esprit public donnait encore à la culture la primauté sur la race. Aujourd’hur-, la nouvelle école d’ethnologie leur a appris à en douter. Mais politiquement, les Martiniquais restent au fond d’eux-mêmes des légitimistes. Si dans un mois, dans un an, il y avait un référendum d’autodétermination, ils resteraient aux côtés de la France.

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AVIS- DE DECES
De Paris .. Fort-de -France – Nice
Mme Victor SABLE
Mr et Mme Serge SABLE et leurs
enfants Laurent et Sophie
Toute leur famille
ont la douleur de faire part du etécèl de :
Monsieur Victor SABLE
Chevalier de La Légion d’Honneur
Ancien Sénateur ‘de la Martinique
Membre Honoraire du Parlement
Ancien Député Européen
survenu à Nice dans sa 86ème année.
Les obsèques seront célébrées en la Cathédral
Saint-Louis de Fort-de-France ce Samedi 30-Août 1997
à 15h30,suivies de l’inhumation dans le caveau de la famille au cimetière de la levée de Fort-de-France
Cet avis tient lieu de faire-part.

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