( 3 avril, 1990 )

Sarah Vaughan-Décédée

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 Sarah Vaughan-Décédée

Sarah Vaughan

qui possède également un registre vocal très étendu et un sens de l’improvisation poussé à l’extrême, est probablement la plus douée d’entre elles. Avec sa voix chaude et souple, d’une portée de près de trois octaves, sa tessiture est comparable à celles des grandes cantatrices.

« En répétant énormément, affirme la chanteuse Betty Carter, elle aurait pu rivaliser avec les plus grandes stars de l’opéra. Toutefois, comme la plupart des autres artistes de jazz, je suis contente qu’elle ne se soit pas dirigée dans cette direction, car le monde du jazz aurait énormément perdu au change. »

Égérie des créateurs du be-bop, elle fait l’admiration non seulement des musiciens et amateurs de jazz, mais aussi d’un vaste public.

Celle que l’on surnommait «Sassy
la Divine» était née le 27 mars 1924 à Newark, dans le New Jersey. Son père était charpentier et sa mère blanchisseuse. Elle avait appris le piano à l’âge de sept ans et fait partie toute jeune des chœurs de l’église baptiste locale.

«Si j’ai réussi à chanter d’une façon différente des autres, racontera-t-elle, je le dois à cette époque où je jouais du piano dans l’orchestre de mon lycée, où je disséquais les notes puis les rassemblais. »

Un mercredi de 1943, elle se présente au concours d’amateurs organisé à l’Apollo Theatre. Concours qu’elle remporte, ce qui lui vaut les encouragements d’Ella Fitzgerald et de Billy Eckstine. Ce dernier dira: «Elle m’a impressionné à la minute où je l’ai vue. C’était la première fois que j’entendais quelqu’un comme moi capable d’improviser avec sa voix comme le faisait un saxophoniste ou un trompettiste’. »

C’est recommandée par Eckstine que Sarah est engagée dans l’orchestre du pianiste Earl Hines. S’intégrant ensuite au mouvement bebop, elle enregistre en mai 1945 un morceau qui fait date, Lover Man, avec Dizzy Gillespie à la trompette et Charlie Parker au saxophone alto.

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En 1949, l’Apollo la paie deux mille cinq cents dollars par semaine. Elle fait fureur avec son léger voile dans la gorge reconnaissable entre tous, sa façon sensuelle de chanter. Elle est à la fois théâtrale, sophistiquée, charmeuse, coquette; en vérité, troublante à souhait. Devenue vedette à part entière, elle enregistre à présent pour Columbia chez qui, parmi ses accompagnateurs, elle comptera Miles Davis, mais aussi des orchestres de variété avec section de cordes, alternant le meilleur et l’alimentaire. Certains lui reprochent évidemment de s’éloigner des chemins du jazz. Pourtant, comme Nat King Cole, si elle fait la conquête du grand public, elle n’abandonne jamais totalement la musique qui l’a révélée. En dépit de sa popularité, Sarah Vaughan connaît- elle aussi – des mésaventures, comme le rappellera Billie Holiday: «La semaine où je passais à Detroit, Sarah Vaughan chantant après l’heure légale

de fermeture d’un club, on eut droit à une descente de police. J’ai alors eu l’impression que les flics étaient surtout intéressés par le scandale que créerait l’arrestation d’une célébrité qui ferait assurément la une de la presse … »

Ayant quitté Columbia pour EmArcy, à New York, en décembre 1954, Sassy enregistre avec le trompettiste Clifford Brown un album qui est un modèle du genre. Sur ce disque comprenant, entre autres, une reprise de He’s My Guy (standard de 1942) et son interprétation parfaitement réussie de Lullaby Of Birdland, elle est également soutenue par des musiciens comme le flûtiste Herbie Mann, le pianiste Jimmy Jones et le batteur Roy Haynes. Par la suite, elle enregistrera notamment avec Can¬nonball Adderley, Count Basie, Bamey Kessel,

Oscar Peterson … et sera même accompagnée par des orchestres symphoniques au cours de ses innombrables tournées. Cela avant de s’éteindre à Los Angeles, le mardi 3 avril 1990. L’été précédent, elle était annoncée au festival d’Antibes Juan-les-Pins. Malade, elle avait été remplacée au pied levé par Dee Dee Bridgewater.

Quincy Jones, qui avait produit certains enregistrements de Sarah Vaughan au début des années soixante, a affirmé n’avoir jamais travaillé avec une artiste d’une telle envergure.

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